SEMINAIRE INTERNATIONAL

PROMOUVOIR LA PARTICIPATION DES FEMMES DANS LES PROCESSUS DE PAIX DANS L’ESPACE FRANCOPHONE  17 et 18 novembre 2016, Abidjan, Côte d’Ivoire

Quinze années après l’adoption de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les Femmes, la Paix et la Sécurité, la participation des femmes aux processus de paix connaît des avancées.1 Elles peuvent être observées à travers le nombre croissant d’accords de paix qui font explicitement mention de l’égalité des sexes, ainsi que dans le nombre de femmes, groupes de femmes et expertes en matière de genre qui interviennent en qualité de négociatrices, médiatrices ou signataires d’accords de paix ou de sortie de crise. Ces progrès se traduisent également par l’émergence de pratiques visant tant à inclure une expertise sur le genre dans l’appui technique aux processus de médiation, qu’à consulter des organisations de femmes sur le terrain. D’une manière générale, la participation des femmes aux processus de paix ou de sortie de crise tend aussi à croître, bien que cette amélioration ne se traduise pas systématiquement par une augmentation de leur capacité à influencer de manière effective les pourparlers de paix ou de sortie de crise, et la mise en œuvre des accords qui en résultent. En effet, des obstacles persistants continuent d’entraver une participation – satisfaisante des femmes au rétablissement de la paix ou à la sortie de crise. Nombreux sont les intervenants impliqués dans la médiation et la résolution des conflits qui continuent d’être réticents à l’idée d’inclure les femmes, dans la crainte de surcharger ou de faire dérailler le processus en cours2. De plus, les faibles niveaux de représentation des femmes dans les processus formels de résolution des conflits perdurent souvent en raison d’une approche des négociations qui continue de mettre l’accent sur la neutralisation des détracteurs potentiels et auteurs de violences, plutôt que d’investir dans des ressources pour la paix. Lorsqu’elle est admise, la participation des femmes a également tendance à être systématiquement limitée dans le temps plutôt que d’être continue et de couvrir les phases préparatoires des pourparlers de paix ou transitions politiques jusqu’au suivi et à la mise en œuvre des accords de paix. Par ailleurs, même lorsqu’un nombre important de femmes participent aux processus de paix ou de sortie de crise, elles ne sont pas toujours en position d’influencer les procédures et les résultats, notamment en ce qui concerne les aspects techniques des négociations tels que le partage du pouvoir, les dispositions sécuritaires, la réforme constitutionnelle ou les mécanismes de justice transitionnelle. Cette influence limitée découle parfois d’un besoin en expertise technique, mais aussi des divisions pouvant exister parmi les femmes au sujet de questions importantes ou de l’absence d’une voix collective. Le plus souvent, cette absence d’influence est imputable à un petit groupe de leaders masculins qui prennent toutes les décisions importantes, alors même que le processus a été ouvert à l’inclusion des groupes de femmes. Enfin, il est impossible d’ignorer les obstacles logistiques à la participation auxquels les femmes sont confrontées, en termes de garde d’enfants, de fonds de déplacement ou de manque de sécurité pour se rendre à des réunions. La marginalisation des femmes lors des phases initiales des processus de paix ou de sortie de crise résulte souvent en une participation faible et ad hoc dans la mise en œuvre des accords subséquents, particulièrement s’agissant des mécanismes techniques de suivi pouvant être établis. Par conséquent, les femmes continuent, pour la plupart, de jouer un rôle souvent invisible, informel et non reconnu dans la prévention et la résolution des conflits, en dépit de leur militantisme pour la paix et leurs activités quotidiennes de médiation et de réconciliation au sein des familles et entre les communautés. Dans de nombreux cas, la participation des femmes est temporaire, les rôles qui leur sont confiés revêtent souvent une dimension plus symbolique que substantielle, et des normes culturelles locales peuvent faire obstacle à une capacité d’influence des femmes. De plus, alors même que les femmes ont souvent réalisé des avancées considérables dans les processus informels de résolution de crises, de conflits et de réconciliation au niveau local ou communautaire, ces processus informels sont souvent négligés par la communauté internationale qui investit en priorité dans les processus officiels, lesquels impliquent en majorité des élites politiques et militaires principalement masculines. Davantage d’efforts doivent par conséquent être fournis afin de surmonter
les nombreuses résistances et barrières qui sous-tendent une représentation insuffisante des femmes dans les processus de paix ou de sortie de crise formels, empêchent la désignation d’un nombre plus élevé de femmes médiatrices et envoyées spéciales, et ralentissent la généralisation de bonnes pratiques. Plusieurs pays de l’espace francophone connaissent actuellement, ou ont connu récemment, des situations de tension, de crise ou de conflit, justifiant l’activation d’un processus de paix ou de sortie de crise plus ou moins formel. Au Burundi, des efforts de facilitation d’un dialogue national, menés par la Communauté de l’Afrique de l’Est, avec l’appui de l’Union africaine, des Nations Unies et l’Organisation internationale de la Francophonie, visent à apaiser un conflit de basse intensité, qui a néanmoins occasionné de nombreuses violations des droits humains, des déplacements forcés de populations, et des violences basées sur le genre. Parallèlement, un réseau de femmes médiatrices, le Réseau de Femmes Actrices de Paix et de Dialogue, soutenu par les Nations Unies en étroite collaboration avec le ministère burundais de l’Intérieur et des organisations de la société civile, s’est avéré efficace dans la prévention de la violence à l’échelle locale, dissipant les rumeurs infondées et atténuant l’impact de la crise politique en cours sur les populations. Au Mali, en dépit de leur mobilisation et de nombreux efforts de renforcement des capacités, de plaidoyer et de lobbying, les femmes ont été largement exclues des pourparlers de paix d’Alger. Elles continuent de de mobiliser afin de ne pas être, une fois de plus, écartées des mécanismes et processus de mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali signé en 2015. En République centrafricaine, qui émerge difficilement d’une crise majeure, marquée par de nombreux cas de violences sexuelles et fondées sur le genre, la participation accrue des femmes, tant quantitative que qualitative, contribuerait à solidifier les efforts actuels de réconciliation et de restauration de la cohésion sociale. De même, s’agissant de pays tels que la Cote d’Ivoire, la République démocratique du Congo, la Guinée, le Sénégal en ce qui concerne la région de la Casamance, et la Tunisie, où des femmes ont joué un rôle important pendant et après les crises ou les processus de transition, il demeure utile de répertorier, en vue de leur partage et leur diffusion, les approches ayant permis à ces femmes, — ainsi qu’aux priorités liées au genre, i.e. à la prise en compte des besoins et intérêts des femmes et des hommes — d’être incluses dans les processus de rétablissement de la paix ou de la démocratie, ainsi que les structures mises sur pied pour faciliter la mise en œuvre et la surveillance d’accords de paix ou politiques. Enfin, la récente Etude mondiale sur la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU a mis l’accent sur le rôle clé que peuvent jouer les médiateurs, médiatrices, et envoyés spéciaux, en faveur d’une meilleure participation des femmes aux processus de paix ou de sortie de crise. Ce rôle a été particulièrement visible dans le cas de processus facilités par des femmes médiatrices ou des envoyées spéciales, mais pas uniquement. Dans l’espace francophone, ce potentiel fort est lié tant aux processus de paix ou politiques conduits dans des Etats membres Francophonie, qu’aux processus de médiation facilités par des médiateurs, médiatrices et envoyés spéciaux francophones. Il peut s’avérer dès lors pertinents de sensibiliser et mieux informer ces acteurs quant aux éléments (de contenu ou méthodologiques) à prendre en considération dans la gestion pratique d’un processus de paix ou politique, afin d’assurer une participation effective des femmes.

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